Promotion de la relève scientifique : des mesures supplémentaires sont nécessaires

Le Conseil fédéral a adopté le 27 mars 2024 le rapport « Pour l’égalité des chances et le soutien de la relève scientifique ». Il estime que des mesures supplémentaires doivent être déployées pour continuer à améliorer les possibilités de carrière de la relève scientifique.

Suite à l'adoption du postulat 22.3390 « Pour l'égalité des chances et le soutien de la relève scientifique », le Parlement avait chargé le Conseil fédéral d'analyser la situation de la relève académique dans les hautes écoles suisses sous l'angle de la précarité et de l'égalité. Il s'agissait d'établir un état des lieux et d'examiner l'éventuelle nécessité d'un certain nombre de mesures.

Le Conseil fédéral se félicite des mesures prises par les hautes écoles, la Conférence des rectrices et recteurs des hautes écoles suisses (swissuniversities), le Fonds national suisse (FNS) et la Conférence suisse des hautes écoles (CSHE). Il s'avère en effet que le nombre de postes de professeurs en tenure track a augmenté ; par ailleurs, de nombreuses actions ont été entreprises pour améliorer les conditions d'engagement et les perspectives de carrière de la relève scientifique, encourager l'indépendance précoce et la plus grande autonomie de celle-ci et poursuivre le développement de modèles de carrière facilitant les transitions et la perméabilité. Des thèmes tels que l'égalité des chances, la diversité, l'inclusion et le climat de travail ont également été pris en compte.

Dans le même temps, le Conseil fédéral constate que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour continuer à améliorer les possibilités de carrière de la relève scientifique, tout particulièrement celles des femmes. La Confédération et les cantons entendent mettre en œuvre deux mesures de portée nationale dans le cadre de la CSHE. La première consiste en un projet coordonné par swissuniversities que la CSHE prévoit de lancer pour la période d'encouragement 2025-2028. Destiné à poursuivre le développement et à assurer la mise en œuvre de plans d'action en faveur de la promotion de la relève dans les hautes écoles universitaires, ce projet d'un montant maximal de 20 millions de francs est tout particulièrement axé sur la phase postdoctorale. En ce qui concerne les hautes écoles spécialisées (HES) et les hautes écoles pédagogiques (HEP), il a pour objectif de renforcer encore davantage les coopérations avec les hautes écoles universitaires au niveau du 3e cycle (phase doctorale) et de mettre encore plus l'accent sur le double profil de compétences.

La deuxième mesure consiste en des principes adoptés fin 2023 par la CSHE pour promouvoir la relève scientifique dans les hautes écoles universitaires. Ces principes misent sur une politique moderne en matière de personnel et d'embauche, un climat de travail constructif et une planification précoce des carrières. D'autres mesures discutées relèvent de la compétence de chacune des hautes écoles et vont être recommandées aux acteurs concernés de ces institutions en vue d'un examen plus approfondi.

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52% des familles suisses trouvent leurs revenus insuffisants

D'après une étude de Pro Familia et Pax, plus de la moitié des familles en Suisse juge que ses revenus ne suffisent pas ou à peine à couvrir les besoins.

La bonne nouvelle, c’est que les familles suisses sont dans leur grande majorité satisfaite de leur vie, plus encore aujourd’hui qu'en 2023. La mauvaise: pour 52% des personnes interrogées, les revenus à disposition suffisent à peine ou pas du tout pour couvrir les besoins. Qui a dit que l’argent ne fait pas le bonheur? Voilà ce que nous apprend le baromètre des familles, publié par Pro Familia Suisse et l’assurance Pax mercredi 13 mars 2024. Le pouvoir d’achat diminue et touche de plein fouet non seulement les personnes les plus précaires, telles les familles monoparentales mais aussi la classe moyenne.

Réduction des dépenses non essentielles

Quatre familles sur dix se disent influencées par le coût d’un enfant au moment de faire le choix de se lancer dans l’aventure. Une majorité d’entre elles imaginent augmenter les temps de travail pour faire face à la diminution du revenu disponible. Les familles peinent à mettre de l’argent de côté, ou n’y arrivent pas du tout (30%). Elles réduisent leurs dépenses non essentielles telles les sorties restos, les vacances, les vêtements.

Ce sondage, réalisé auprès de 2123 familles, fait écho à l’étude du cabinet Deloitte, parue en janvier 2024. Même si l’inflation en Suisse est plus basse que dans d’autres pays (2,1%), elle s’ajoute à la hausse des prix de 2021, de l’ordre de 6%. Les ménages en Suisse sont donc bel et bien malmenés.

L’étude Deloitte montre les mêmes tendances que le baromètre des familles, en y indiquant une vraie diminution du budget consacré à l’alimentation et une priorisation constante des dépenses en faveur de l’éducation. Les familles sont principalement préoccupées par l’augmentation des coûts de l’assurance maladie et l’inflation, les inquiétudes liées à la situation internationale ou à l’environnement sont passées à l’arrière-plan.

En savoir plus - un article de Géraldine Savary publié le 20 mars sur femina.ch

Philippe Gnaegi: «En Suisse, la politique familiale est le parent pauvre de la politique sociale»

Face à la hausse du coût de la vie, une majorité des familles suisses peine à joindre les deux bouts. C’est ce qui ressort du deuxième baromètre des familles mené par l’association Pro Familia Suisse. Son directeur, Philippe Gnaegi, en appelle à des actions politiques rapides.

Le deuxième baromètre des familles, publié ce jeudi 14 mars par l’association Pro Familia Suisse et Pax, une assurance de prévoyance qui cible les familles, lève le voile sur la situation toujours plus précaire des familles en cette période marquée par la hausse généralisée des prix. Directeur de Pro Familia Suisse et ancien conseiller d’Etat (ministre) libéral-radical du canton de Neuchâtel, Philippe Gnaegi commente les résultats de cette étude réalisée auprès de 2123 familles dans toutes les régions de Suisse.

swissinfo.ch: Votre étude met en évidence une pression financière toujours plus forte sur les familles. 52% d’entre elles – contre 47% l’an dernier – jugent leurs revenus insuffisants ou à peine suffisants. Ces résultats vous surprennent-ils?

Philippe Gnaegi: Je suis effectivement surpris par l’ampleur du phénomène. Concrètement, il ressort de notre baromètre que près de la moitié des familles suisses ne sont pas capables d’épargner suffisamment d’argent à la fin du mois pour faire face à une dépense imprévue, par exemple une intervention urgente chez le dentiste. C’est un constat assez alarmant.

Comment expliquez-vous cette dégradation de la situation financière des familles par rapport au premier baromètre que vous avez conduit l’an dernier?

La hausse généralisée des prix consécutive à la reprise post-Covid touche en particulier les familles. C’est le cas notamment en ce qui concerne l’énergie, le logement ou les denrées alimentaires. Par ailleurs, les primes d’assurance maladie, qui ne sont pas incluses dans l’indice des prix à la consommation (IPC), deviennent un fardeau de plus en plus insupportable pour les familles de la classe moyenne.

Les familles romandes et tessinoises affirment davantage souffrir de la hausse du coût de la vie que les familles alémaniques. Sont-elles plus critiques à l’égard de leur situation financière ou y a-t-il objectivement des différences notables entre régions linguistiques?

Les familles tessinoises souffrent particulièrement. Cela s’explique par une structure salariale plus basse que dans le reste du pays, alors que les coûts fixes, comme le logement ou l’assurance maladie, sont aussi élevés voire plus que dans le reste de la Suisse. En Suisse romande également, les primes d’assurance maladie, qui sont la dépense la plus contraignante pour les familles, sont généralement plus élevées qu’en Suisse alémanique.

En comparaison internationale, comment jugez-vous la situation actuelle des familles en Suisse?

L’inflation touche le monde entier, pas seulement la Suisse. Mais contrairement à de nombreux autres pays européens, ici l’Etat n’intervient pas pour soutenir les familles. La politique familiale est le parent pauvre de la politique sociale en Suisse. Cela se révèle particulièrement en cette période marquée par un recul généralisé du pouvoir d’achat.

Pour quatre familles sur dix, le coût de la vie est une raison de renoncer à faire d’autres enfants. Ce constat n’est-il pas inquiétant alors que la Suisse, comme d’autres pays, connaît une chute de son taux de natalité?

C’est en effet très inquiétant et je suis là aussi surpris par l’ampleur du phénomène. On peut en déduire que les difficultés financières rencontrées par les familles ont un impact important sur leur comportement et leur désir d’avoir des enfants. Lorsque vous avez moins de ressources à disposition, vous êtes contraint de diminuer les coûts. Et comme les enfants coûtent très cher en Suisse, c’est malheureusement un poste de dépense qui est aujourd’hui sacrifié en priorité.

Qu’attendez-vous des autorités?

La question que je leur pose est simple: va-t-on enfin soutenir les familles, qui sont le socle de notre société, ou va-t-on continuer de se lamenter à propos du vieillissement de la population et du manque de main-d’œuvre tout en laissant les familles s’appauvrir et le taux de natalité s’effondrer?

Et quelles seraient les mesures à mettre en place rapidement pour soulager le porte-monnaie des familles?

Il faut agir en priorité au niveau du plafonnement des primes d’assurance maladie et du coût de la prise en charge de l’accueil extrafamilial des enfants. Mais au-delà de ces considérations pratiques, nous attendons une véritable prise de conscience du monde politique sur les difficultés que rencontrent les familles au quotidien.

Diriez-vous comme certaines personnalités politiques de gauche qu’il y a un mépris des autorités pour la question du pouvoir d’achat?

Je ne parlerais pas de mépris, mais d’une certaine déconnexion. Les hommes et les femmes politiques ne sont pas toujours conscients que de nombreuses personnes tirent la langue et parviennent tout juste à joindre les deux bouts. C’est une part importante de la population qui échappe au radar des statistiques officielles sur la pauvreté.

Le coût de l’assurance maladie est un sujet de préoccupation majeur pour les familles, comme le montre votre baromètre. Pro Familia va-t-elle appeler à voter en faveur des deux initiatives visant à limiter les primes, qui seront soumises au vote le 9 juin?

Je peux vous l’annoncer en primeur: nous allons soutenir activement ces deux initiatives, même si notre comité est apolitique. Il est urgent de légiférer pour plafonner et limiter la hausse des primes d’assurance maladie.

Les personnes retraitées ont eu leur part du gâteau avec la 13e rente AVS, c’est maintenant au tour des familles. Peut-on résumer ainsi votre position?

On vient effectivement d’avoir un vote important sur l’AVS. Cette 13e rente est une bonne nouvelle pour nos aînés, mais la famille joue un rôle encore plus crucial pour l’avenir de la société. Il faut s’en préoccuper, et tout de suite, car plusieurs années seront nécessaires avant que l’on puisse observer les effets des mesures adoptées.

Vous êtes un homme politique d’affiliation libérale. Cette volonté de plus en plus marquée de faire appel à l’Etat pour régler tous les problèmes de notre société n’est-elle pas en contradiction avec vos valeurs?

Il y a effectivement de plus en plus d’attentes envers l’Etat, et parfois les gens ont l’impression que les solutions sont simples. Mais en ce qui concerne la politique familiale, je tiens un discours très clair envers ma famille politique: «Vous voulez que les entreprises fonctionnent, que les femmes travaillent davantage et que nos assurances sociales soient pérennes? Alors, il faut mettre en place les conditions-cadres nécessaires et agir rapidement en investissant dans la politique familiale. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre». Sur ce dossier, la Confédération doit reprendre la main. On ne peut pas se permettre d’avoir des différences aussi importantes dans la mise en place de mesures de soutien aux familles d’un canton à l’autre.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, quatre familles sur cinq en Suisse se disent satisfaites de leur vie familiale actuelle. Et près des deux tiers affirment avoir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, selon votre baromètre. Tout ne va donc pas si mal pour les familles en Suisse?

Je ne suis pas aussi optimiste que vous. Dans notre société, la famille est de plus en plus considérée comme un havre de sécurité vis-à-vis du monde extérieur. Elle permet de se raccrocher à des racines et des valeurs qu’on ne trouve plus ailleurs. Lorsque l’extérieur est angoissant, ce qui est le cas actuellement, on a tendance à se retrancher dans son refuge familial et à le valoriser de manière excessive. C’est comme cela que j’interprète les résultats de notre sondage, même s’il faut se réjouir que les Suisses et les Suissesses trouvent beaucoup de satisfaction dans leur famille.

En savoir plus - un article de Samuel Jaberg publié sur swissinfo.ch

La moitié des familles peine à joindre les deux bouts

Le Baromètre suisse de la famille 2024 le montre: de plus en plus de familles, jusque dans la classe moyenne, ont de grosses difficultés financières. Blick vous détaille le sondage.

Le sondage est choquant: une majorité de familles en Suisse sont, selon leurs propres indications, dans une situation financière difficile – et un nombre écrasant d'entre elles ne pensent pas que la situation va s'améliorer dans les prochaines années. C'est ce que montre le Baromètre suisse des familles 2024.

La crainte prédomine chez 80% des familles

Plus de 2100 familles ont rempli un questionnaire en ligne entre le 8 et le 18 novembre 2023. L'enquête avait déjà été réalisée il y a un an. Les événements actuels montrent à quel point l'inflation, la hausse des primes d'assurance maladie, les frais de logement et de garde ont aggravé la situation financière des familles. En détail: 79% des familles interrogées au niveau national craignent que leur situation ne se détériore plutôt ou fortement au cours des trois prochaines années. C'est 11% de plus qu'il y a un an. 52% des familles – tous revenus confondus – déclarent que leur budget familial ne suffit pas ou à peine. Pour quatre familles sur dix, la situation financière est l'une des raisons qui les poussent à renoncer à avoir plus d'enfants.

La Suisse romande et le Tessin particulièrement touchés

Blick a analysé en détail les résultats de l'enquête. Ils sont explosifs sur le plan sociopolitique. Les soucis financiers ne concernent même plus seulement les bas revenus – ils ont touché une grande partie de la classe moyenne: même avec un revenu familial de 8400 à 10'000 francs bruts par mois (101'000 à 120'000 par an), plus d'un tiers des personnes interrogées affirment qu'il reste peu de choses à la fin du mois. Selon Pro Familia, la proportion de familles dont le revenu du ménage ne suffit pas ou à peine est particulièrement élevée en Suisse italienne, en Suisse romande, dans les ménages monoparentaux et pour les revenus inférieurs à 100'000 francs. Pour Philippe Gnaegi, directeur de Pro Familia, l'association faîtière des organisations familiales suisses, ces résultats sont un signal d'alarme: «Si dans le pays le plus riche du monde, près de 80% de toutes les familles sont aussi pessimistes quant à l'avenir, nous avons à réfléchir.» Les inquiétudes se reflètent dans le livret d'épargne: 30% des familles interrogées disent ne rien pouvoir mettre de côté à la fin du mois, et plus des deux tiers d'entre elles ne peuvent pas mettre plus de 500 francs. Il y a aussi l'autre extrémité de l'échelle: 9% ont plus de 2000 francs de côté par mois.

Un fossé économique

Un nouveau fossé se creuse en Suisse, entre ceux qui vivent sans soucis, et une large couche de la population qui tremble à la fin du mois. Le chef de Pro Familia, Philippe Gnaegi, déclare: «Pour ceux qui ne peuvent mettre que très peu de côté, une facture de dentiste imprévue représente déjà un problème majeur.» Le fossé des revenus pourrait devenir un facteur politique. Les résultats de la votation pour une 13e AVS l'ont déjà montré: les communes dont les habitants sont plus riches que la moyenne ont voté contre l'extension des prestations sociales, tandis que les communes pauvres et de classe moyenne ont voté en partie très nettement pour – et ce indépendamment du fait qu'il s'agisse d'un village rural avec l'UDC comme force politique dominante – ou d'une ville pauvre qui vote majoritairement à gauche.

La caisse maladie est le souci numéro 1

Cette évolution est très pertinente dans la perspective de l'initiative du PS du 9 juin sur l'allègement des primes – et devrait donner des sueurs froides au comité bourgeois du non et au président du PLR Thierry Burkart. L'initiative stipule que les primes ne doivent pas dépasser 10% du revenu disponible. La Confédération et les cantons devraient payer les coûts supplémentaires qui se chiffrent en milliards. Selon le Conseil fédéral, cela profiterait surtout à la classe moyenne – les ménages les plus pauvres bénéficient déjà aujourd'hui de réductions de primes. Le baromètre des familles le révèle clairement: pour tous les ménages, quel que soit leur revenu, la caisse maladie est le souci numéro 1. Et une grande partie de la population semble pour le moins ouverte à une intervention de la politique. 51% des personnes interrogées dans le cadre du baromètre des familles estiment que la politique doit se concentrer sur la réduction des coûts des primes d'assurance maladie.

Des conséquences désastreuses sur le plan économique

Mais les difficultés financières ne font pas que repousser les limites politiques en Suisse. Elles poussent également les gens à augmenter leur temps de travail. 49% envisagent d'augmenter leur taux d'occupation en raison de la situation financière de leur famille. Parallèlement, des chiffres indiquent que les parents reconsidèrent la garde de leurs enfants – afin d'économiser des frais de crèche. Ainsi, l'année dernière, 50% des parents ont déclaré faire garder leurs enfants par des tiers. En 2024, ils ne seront plus que 37%. Philippe Gnaegi déclare à ce sujet: «Nous ne disposons pas encore de suffisamment de données. Mais tout porte à croire que les familles retirent leurs enfants de la crèche – pour économiser de l'argent.» Le directeur de Pro Familia estime que cette évolution – si elle se confirme – a des racines profondes: «Cela pourrait signifier que les femmes restent à nouveau davantage à la maison pour des raisons financières. Ce serait désastreux sur le plan économique – le marché souffre déjà d'une pénurie de main-d'œuvre qualifiée.» Philippe Gnaegi estime qu'il est urgent d'agir sur le plan politique: «La Suisse doit se demander si elle mène réellement une politique familiale digne de ce nom. Nous devons nous réveiller au plus vite.» Pour conclure, on peut relever au moins une bonne nouvelle du côté des familles: 80% des personnes interrogées sont satisfaites de leur propre vie familiale. C'est déjà ça.

En savoir plus - un article de Benno Tuchschmid publié sur blick.ch

«En Suisse, la politique familiale est le parent pauvre de la politique sociale»

Face à la hausse du coût de la vie, une majorité des familles suisses peine à joindre les deux bouts. C’est ce qui ressort du deuxième baromètre des familles mené par l’association Pro Familia Suisse. Son directeur, Philippe Gnaegi, en appelle à des actions politiques rapides.

Le deuxième baromètre des familles, publié ce jeudi 14 mars par l’association Pro Familia Suisse et Pax, une assurance de prévoyance qui cible les familles, lève le voile sur la situation toujours plus précaire des familles en cette période marquée par la hausse généralisée des prix. Directeur de Pro Familia Suisse et ancien conseiller d’Etat (ministre) libéral-radical du canton de Neuchâtel, Philippe Gnaegi commente les résultats de cette étude réalisée auprès de 2123 familles dans toutes les régions de Suisse.

swissinfo.ch: Votre étude met en évidence une pression financière toujours plus forte sur les familles. 52% d’entre elles – contre 47% l’an dernier – jugent leurs revenus insuffisants ou à peine suffisants. Ces résultats vous surprennent-ils?

Philippe Gnaegi: Je suis effectivement surpris par l’ampleur du phénomène. Concrètement, il ressort de notre baromètre que près de la moitié des familles suisses ne sont pas capables d’épargner suffisamment d’argent à la fin du mois pour faire face à une dépense imprévue, par exemple une intervention urgente chez le dentiste. C’est un constat assez alarmant.

Comment expliquez-vous cette dégradation de la situation financière des familles par rapport au premier baromètre que vous avez conduit l’an dernier?

La hausse généralisée des prix consécutive à la reprise post-Covid touche en particulier les familles. C’est le cas notamment en ce qui concerne l’énergie, le logement ou les denrées alimentaires. Par ailleurs, les primes d’assurance maladie, qui ne sont pas incluses dans l’indice des prix à la consommation (IPC), deviennent un fardeau de plus en plus insupportable pour les familles de la classe moyenne.

Les familles romandes et tessinoises affirment davantage souffrir de la hausse du coût de la vie que les familles alémaniques. Sont-elles plus critiques à l’égard de leur situation financière ou y a-t-il objectivement des différences notables entre régions linguistiques?

Les familles tessinoises souffrent particulièrement. Cela s’explique par une structure salariale plus basse que dans le reste du pays, alors que les coûts fixes, comme le logement ou l’assurance maladie, sont aussi élevés voire plus que dans le reste de la Suisse. En Suisse romande également, les primes d’assurance maladie, qui sont la dépense la plus contraignante pour les familles, sont généralement plus élevées qu’en Suisse alémanique.

En comparaison internationale, comment jugez-vous la situation actuelle des familles en Suisse?

L’inflation touche le monde entier, pas seulement la Suisse. Mais contrairement à de nombreux autres pays européens, ici l’Etat n’intervient pas pour soutenir les familles. La politique familiale est le parent pauvre de la politique sociale en Suisse. Cela se révèle particulièrement en cette période marquée par un recul généralisé du pouvoir d’achat.

Pour quatre familles sur dix, le coût de la vie est une raison de renoncer à faire d’autres enfants. Ce constat n’est-il pas inquiétant alors que la Suisse, comme d’autres pays, connaît une chute de son taux de natalité?

C’est en effet très inquiétant et je suis là aussi surpris par l’ampleur du phénomène. On peut en déduire que les difficultés financières rencontrées par les familles ont un impact important sur leur comportement et leur désir d’avoir des enfants. Lorsque vous avez moins de ressources à disposition, vous êtes contraint de diminuer les coûts. Et comme les enfants coûtent très cher en Suisse, c’est malheureusement un poste de dépense qui est aujourd’hui sacrifié en priorité.

Qu’attendez-vous des autorités?

La question que je leur pose est simple: va-t-on enfin soutenir les familles, qui sont le socle de notre société, ou va-t-on continuer de se lamenter à propos du vieillissement de la population et du manque de main-d’œuvre tout en laissant les familles s’appauvrir et le taux de natalité s’effondrer?

Et quelles seraient les mesures à mettre en place rapidement pour soulager le porte-monnaie des familles?

Il faut agir en priorité au niveau du plafonnement des primes d’assurance maladie et du coût de la prise en charge de l’accueil extrafamilial des enfants. Mais au-delà de ces considérations pratiques, nous attendons une véritable prise de conscience du monde politique sur les difficultés que rencontrent les familles au quotidien.

Diriez-vous comme certaines personnalités politiques de gauche qu’il y a un mépris des autorités pour la question du pouvoir d’achat?

Je ne parlerais pas de mépris, mais d’une certaine déconnexion. Les hommes et les femmes politiques ne sont pas toujours conscients que de nombreuses personnes tirent la langue et parviennent tout juste à joindre les deux bouts. C’est une part importante de la population qui échappe au radar des statistiques officielles sur la pauvreté.

Le coût de l’assurance maladie est un sujet de préoccupation majeur pour les familles, comme le montre votre baromètre. Pro Familia va-t-elle appeler à voter en faveur des deux initiatives visant à limiter les primes, qui seront soumises au vote le 9 juin?

Je peux vous l’annoncer en primeur: nous allons soutenir activement ces deux initiatives, même si notre comité est apolitique. Il est urgent de légiférer pour plafonner et limiter la hausse des primes d’assurance maladie.

Les personnes retraitées ont eu leur part du gâteau avec la 13e rente AVS, c’est maintenant au tour des familles. Peut-on résumer ainsi votre position?

On vient effectivement d’avoir un vote important sur l’AVS. Cette 13e rente est une bonne nouvelle pour nos aînés, mais la famille joue un rôle encore plus crucial pour l’avenir de la société. Il faut s’en préoccuper, et tout de suite, car plusieurs années seront nécessaires avant que l’on puisse observer les effets des mesures adoptées.

Vous êtes un homme politique d’affiliation libérale. Cette volonté de plus en plus marquée de faire appel à l’Etat pour régler tous les problèmes de notre société n’est-elle pas en contradiction avec vos valeurs?

Il y a effectivement de plus en plus d’attentes envers l’Etat, et parfois les gens ont l’impression que les solutions sont simples. Mais en ce qui concerne la politique familiale, je tiens un discours très clair envers ma famille politique: «Vous voulez que les entreprises fonctionnent, que les femmes travaillent davantage et que nos assurances sociales soient pérennes? Alors, il faut mettre en place les conditions-cadres nécessaires et agir rapidement en investissant dans la politique familiale. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre». Sur ce dossier, la Confédération doit reprendre la main. On ne peut pas se permettre d’avoir des différences aussi importantes dans la mise en place de mesures de soutien aux familles d’un canton à l’autre.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, quatre familles sur cinq en Suisse se disent satisfaites de leur vie familiale actuelle. Et près des deux tiers affirment avoir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, selon votre baromètre. Tout ne va donc pas si mal pour les familles en Suisse?

Je ne suis pas aussi optimiste que vous. Dans notre société, la famille est de plus en plus considérée comme un havre de sécurité vis-à-vis du monde extérieur. Elle permet de se raccrocher à des racines et des valeurs qu’on ne trouve plus ailleurs. Lorsque l’extérieur est angoissant, ce qui est le cas actuellement, on a tendance à se retrancher dans son refuge familial et à le valoriser de manière excessive. C’est comme cela que j’interprète les résultats de notre sondage, même s’il faut se réjouir que les Suisses et les Suissesses trouvent beaucoup de satisfaction dans leur famille.

En savoir plus - un article de Samuel Jaberg publié le 14.03.2024 sur swissinfo.ch