Pour les mères, divorcer représente un risque énorme

Lorsqu’une femme réduit son taux d’activité après la naissance de son premier enfant, elle s’expose à des risques financiers à long terme. Dans le cadre d’une étude, l’économiste Michaela Slotwinski a interrogé des enseignantes avec enfants sur les raisons qui les poussent à travailler à temps partiel.

Vous étudiez le phénomène de la child penalty. De quoi s’agit-il ?

Après la naissance de leur premier enfant, les mères voient leur revenu chuter, principalement parce qu’elles réduisent leur taux d’activité ou cessent complètement de travailler. Dans la recherche, on appelle ce phénomène la child penalty. Contrairement aux mères, les pères continuent de travailler comme avant.

En Suisse, le revenu des femmes diminue de près de 70 % après la naissance du premier enfant. Cette proportion est-elle similaire dans les autres pays ?

Sur le plan international, on observe de grandes différences. En Suisse, en Allemagne et en Autriche, la child penalty est particulièrement forte. À l’autre extrémité, on trouve les pays scandinaves, où la baisse de revenu se situe en moyenne autour de 20 %.

Quelles sont les raisons possibles de cette pénalité ?

La recherche sur ce sujet est relativement récente. Il existe néanmoins des données systématiques et probantes sur ce phénomène. Sur cette base, nous pouvons à présent commencer à en rechercher les raisons. On peut en tout cas déjà affirmer qu’il existe une corrélation entre la child penalty et les normes de genre traditionnelles. Dans les pays où les modèles traditionnels sont très présents, la child penalty est plus marquée que dans ceux aux valeurs plus libérales. Toutefois, il n’est pas encore possible d’établir un lien de cause à effet. Les pays qui mènent une politique familiale libérale se distinguent aussi des pays conservateurs sur le plan institutionnel, par exemple en ce qui concerne l’offre d’accueil extrafamilial. Cela pourrait également avoir un impact sur la child penalty.

« Dans les pays aux modèles traditionnels, la child penalty est plus marquée que dans ceux aux valeurs libérales »

Qu’entendez-vous par « normes de genre traditionnelles » ?

C’est un concept très vague. En économie, nous mesurons à quel point des normes sont traditionnelles au moyen d’un catalogue de questions. Nous demandons par exemple : si une mère travaille à plein temps, est-ce que cela nuit à l’enfant ? Est-ce que les hommes peuvent aussi bien s’occuper des enfants que les femmes ? Suivant les réponses, il se dessine une vision du monde plutôt traditionnelle ou plutôt libérale.

Vous faites vous-même des recherches sur la child penalty : qu’avez-vous découvert jusqu’à présent ?

Dans le cadre d’un ancien projet, nous avons cherché à savoir, sur la base de données du canton de Berne, si une meilleure disponibilité des crèches permettait de réduire la child penalty. Nous avons certes constaté une diminution, mais la pénalité restait malgré tout très élevée.

Dans le cadre d’un projet de recherche, vous étudiez actuellement le processus de décision donnant lieu à la child penalty, c’est-à-dire la manière dont les mères définissent leur taux d’activité.

La principale question à laquelle nous tentons de répondre est : sur quels éléments les mères se fondent-elles pour décider à quel taux elles souhaitent travailler ? Il nous intéresse particulièrement de savoir si elles prennent en compte les répercussions financières à long terme, notamment en ce qui concerne la prévoyance vieillesse. Jusqu’à présent, les mécanismes sous-tendant ces choix étaient inconnus.

Pour ce faire, vous avez interrogé des enseignantes de Suisse alémanique. Pourquoi ce groupe en particulier ?

Les enseignantes sont un groupe intéressant pour deux raisons. Premièrement, elles participent souvent de manière très consciencieuse aux études, ce qui est essentiel pour pouvoir en tirer des conclusions statistiquement fiables. Deuxièmement, elles ont généralement la possibilité d’augmenter leur taux d’activité dès l’année scolaire suivante si elles le souhaitent, notamment en raison de la pénurie d’enseignants qualifiés. Cela leur permet donc de réagir aux informations que nous leur donnons.

Quels sont, pour les participantes à votre étude, les principaux facteurs dans le choix du taux d’activité après la naissance du premier enfant ?

L’élément qui revient le plus souvent est le bien-être perçu de la mère et de l’enfant. Les préoccupations financières à long terme, telles que l’impact sur la rente de vieillesse, jouent plutôt un rôle secondaire. Nous avons donc voulu savoir si les femmes connaissant mieux les effets du temps partiel sur la sécurité sociale étaient plus susceptibles d’augmenter leur taux d’activité pour s’assurer une meilleure sécurité financière à long terme.

Comment avez-vous procédé concrètement ?

Nous avons montré à une sélection aléatoire de participantes une courte vidéo informative qui expliquait, à partir de l’exemple d’une mère, l’impact financier à long terme d’une augmentation du taux d’activité. Ensuite, nous les avons invitées à examiner leur propre situation financière et à simuler différents scénarios à l’aide de notre « calculateur d’avenir », un outil en ligne que nous avons développé en collaboration avec la Banque cantonale zurichoise. Deux mois après, nous leur avons demandé, d’une part, si elles se souvenaient des informations que nous leur avions transmises et, d’autre part, à quel taux elles souhaitaient travailler l’année scolaire suivante.

Et qu’avez-vous observé l’année suivante ?

Chez les personnes qui connaissaient déjà les effets du temps partiel sur la situation financière à long terme, il n’y a eu aucun changement. En revanche, les femmes qui n’étaient initialement pas conscientes de ces conséquences (environ un quart des participantes) ont déclaré vouloir travailler davantage l’année suivante, ce qui s’est confirmé par la suite. Les femmes auparavant peu renseignées qui ont reçu ces informations ont en moyenne augmenté leur taux d’activité de 6 % par rapport à celles que nous n’avions pas informées. Ainsi, trois participantes sur dix qui n’avaient pas conscience des implications financières au départ ont augmenté leur taux d’environ une demi-journée par semaine, soit l’équivalent d’un 10 %. Cela peut sembler peu, mais l’impact est déjà important.

Dans quelle mesure ?

Une telle augmentation à long terme du taux d’activité permettrait de réduire de 18 % la perte de revenu occasionnée par le temps partiel. Par ailleurs, chez les enseignants, l’écart de rente entre femmes et hommes à l’âge de la retraite (gender pension gap) serait réduit presque de moitié, car les rentes du 2e pilier augmenteraient alors de 15 %. En d’autres termes, si les femmes travaillent une demi-journée de plus par semaine, elles se retrouvent dans une meilleure position économique et réduisent l’écart qui les sépare des hommes. À long terme, elles améliorent leur situation financière.

Faut-il donc davantage informer les femmes au sujet de la prévoyance vieillesse ?

Oui, même si de nombreuses caisses de pension le font déjà. La difficulté est plutôt d’inciter les femmes à s’intéresser aux questions de sécurité sociale. Il serait par exemple possible de fournir de telles informations à une femme lorsqu’elle commence un nouvel emploi ou lorsqu’elle annonce à son employeur qu’elle est enceinte. Je sais ce que c’est, j’ai moi-même un enfant. Une naissance chamboule tellement la vie ; on doit d’abord trouver des solutions pour se débrouiller à court terme, si bien qu’on accorde peu d’importance à la planification financière sur la durée.

En Suisse, le taux de divorce s’élève à 40 %. Qu’est-ce que cela signifie pour la sécurité sociale des femmes ?

Pour les mères, divorcer représente un risque énorme. Dans le 2e pilier, le capital de prévoyance est certes divisé à parts égales ; toutefois, les divorces surviennent le plus souvent entre 40 et 45 ans, soit avant l’âge où les versements sont les plus importants. Les femmes divorcées ne peuvent donc plus profiter de ces sommes ni même les rattraper, car elles n’ont généralement pas suivi la même carrière que leur ex-mari. Ainsi, elles sont plus nombreuses que les hommes divorcés à toucher l’aide sociale ou les prestations complémentaires.

Certains couples disent que, compte tenu du prix de l’accueil extrafamilial et des impôts, il n’est tout simplement pas rentable pour eux d’inscrire leur enfant dans une crèche. Qu’en pensez-vous ?

Cela dépend beaucoup de la situation individuelle. Pour les personnes à bas revenu, cela peut être le cas à court terme – mais à long terme, cette solution est profitable pour la grande majorité des gens. Par ailleurs, chez les enseignants, nos calculs montrent clairement qu’il est rentable, même à court terme, d’augmenter son taux d’activité, y compris en tenant compte des impôts et des frais de garde.

« En Suisse, la participation des mères au marché de l’emploi est déjà très élevée ; ce sont plutôt les taux d’activité bas qui posent problème »

À part de meilleures informations, quels autres moyens permettraient d’accroître la participation des femmes au marché du travail ?

En Suisse, la participation des mères au marché de l’emploi est déjà très élevée (90 %) ; ce sont plutôt les taux d’activité bas qui posent problème. Alors que les pères travaillent souvent à plein temps, ce n’est le cas que d’une mère sur dix.

Les pères devraient-ils donc réduire leur taux d’activité ?

Il s’agit d’une décision individuelle qui devrait être laissée aux pères eux-mêmes. Dans le cadre de notre étude, de nombreuses femmes ont dit qu’elles seraient prêtes à augmenter leur taux d’activité si le père réduisait le sien et consacrait plus de temps aux tâches ménagères et à la garde des enfants. Tout cela est bien sûr hypothétique. Il reste à voir si elles le feraient réellement.

En Suisse, la part d’hommes travaillant à temps partiel a légèrement augmenté ces dernières années. Est-ce un signe qu’ils se consacrent plus à la garde des enfants ?

Pas nécessairement, car le temps partiel est aussi en augmentation chez les hommes sans enfant. Dans mon entourage, j’entends souvent parler de « journée avec papa ». Toutefois, cela ne se reflète pas clairement dans les données. Il pourrait aussi s’agir d’une tendance générale vers davantage de temps partiel.

Peut-on dire que le lien émotionnel entre la mère et l’enfant est perçu comme plus fort que celui entre le père et l’enfant ?

C’est possible. Le problème est que cette question est rarement posée dans les études. Jusqu’à présent, personne ne s’était penché sur les raisons qui poussent à faire tel ou tel choix, car l’analyse des réponses aurait été trop compliquée. L’intelligence artificielle nous offre désormais de nouvelles possibilités à cet égard, car elle nous permet de mieux évaluer les réponses aux questions ouvertes.

Faudrait-il baisser les prix des crèches pour inciter les femmes à travailler davantage ?

La disponibilité de places d’accueil abordables est l’une des revendications politiques les plus populaires. Mais selon moi, l’impact serait relativement faible. Souvent, les considérations financières ne sont pas déterminantes durant cette phase de la vie. Bien évidemment, il faudrait mener plus de recherches à ce sujet. Il n’existe probablement pas de solution unique ; l’idéal serait de combiner différentes approches.

« Les entreprises doivent permettre à leurs employés de travailler à temps partiel »

Que peuvent faire les entreprises ?

Les entreprises doivent permettre à leurs employés de travailler à temps partiel. Une plus grande souplesse profiterait certainement aussi aux mères : peuvent-elles faire du télétravail lorsque leur enfant est malade, ou peuvent-elles rattraper leurs heures à un autre moment ? À l’avenir, nous souhaiterions interroger des entreprises à ce sujet.

L’inégalité salariale, c’est-à-dire la différence de salaire inexpliquée entre les hommes et les femmes, est relativement bien étudiée. Que peut-on dire à ce sujet ?

Comparée à la child penalty, je dirais que l’inégalité salariale n’est plus si flagrante. Selon moi, elle ne constitue plus le principal défi en matière d’égalité.

En savoir plus - un article de Stefan Sonderegger publié le 05.09. sur Sécurité Sociale CHSS

 

Augmentation des montants minimaux des allocations familiales

Les montants des allocations pour enfant et des allocations de formation seront relevés au 1er janvier 2025. L’allocation pour enfant sera augmentée de 200 à 215 francs par mois et l’allocation de formation de 250 à 268 francs par mois. Il s’agit de la première adaptation depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les allocations familiales en 2009. Lors de sa séance du 28 août 2024, le Conseil fédéral a adopté l’ordonnance sur les adaptations à l’évolution des prix dans le régime des allocations familiales. Les nouveaux montants minimaux fédéraux entreront en vigueur au 1er janvier 2025.

Les allocations familiales ont pour but de compenser une partie des frais que doivent assumer les parents pour l’entretien de leurs enfants. Un montant minimal, par enfant et par mois, pour les allocations familiales versées dans les cantons est prescrit par la loi fédérale sur les allocations familiales (LAFam), à savoir : 200 francs pour l’allocation pour enfant et 250 francs pour l’allocation de formation. Les cantons sont libres de prévoir des montants plus élevés que ceux-ci.

En vertu de la LAFam, les montants des allocations familiales sont adaptés à l’indice suisse des prix à la consommation (IPC) à la même date que l’adaptation des rentes AVS, qui aura lieu le 1er janvier 2025. Mais il faut pour cela que l’IPC ait augmenté d’au moins 5% depuis la dernière fixation des montants en 2009, ce qui est le cas depuis début 2024.

Le taux d’adaptation des montants minimaux des allocations familiales est de 7,1%. L’allocation pour enfant s’élèvera dès lors à 215 francs par mois et l’allocation de formation à 268 francs par mois, en raison de l’arrondissement au franc supérieur. L’allocation pour enfant et l’allocation de formation versées aux travailleurs agricoles correspondant aux montants minimaux fixés par la LAFam, seront également adaptées au renchérissement dans la même mesure.

L’augmentation des montants minimaux des allocations familiales entrainera une augmentation automatique dans les cantons qui versent les montants minimaux fixés par le droit fédéral. Actuellement, 7 cantons versent les montants minimaux prévus par la LAFam pour l’allocation pour enfant (ZH, GL, SO, BL, AG, TG et TI) et 6 pour l’allocation de formation (ZH, GL, SO, BL, AG et TI). Il faut s’attendre à des adaptations différentes, voire à aucune adaptation, dans les cantons qui ont déjà augmenté les montants des allocations familiales depuis 2009 ou qui prévoient des montants d’allocations plus élevés que les montants minimaux fédéraux.

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Une décision de justice corrige une inégalité cachée de l’AVS

Les bonifications éducatives doivent être attribuées en totalité à la personne du couple qui a baissé son temps de travail, estime le Tribunal cantonal neuchâtelois. Cela permettra à de nombreuses femmes à travers le pays de ne plus être pénalisées au moment de leur retraite.

En Suisse, 90% des travailleurs qui réduisent leur taux d’activité salariale pour élever leurs enfants sont des femmes. Des bonifications éducatives sont attribuées par l’AVS pour compenser les différences au moment de la retraite, mais elles sont partagées entre les deux conjoints, et n’entrent donc uniquement que pour moitié dans le calcul de la rente AVS si une femme prend sa retraite avant son mari. Cette inégalité est sur le point de changer.

En savoir plus - un article de Aïna Skjellaug publié le 28.08.2024 sur www.letemps.ch

Des rentes AVS plus égalitaires dans le canton de Neuchâtel

Les bonifications éducatives doivent être distribuées en totalité à la personne qui a baissé son taux de travail pour s'occuper des enfants, a décidé le Tribunal cantonal neuchâtelois. Il a répondu favorablement à un recours du directeur de Pro Familia.

La loi actuelle prévoit que ces bonifications, conçues pour compenser la baisse du taux d'activité d'un membre du couple, soient partagées en deux entre les conjoints lorsque l'un d'eux prend sa retraite, indique Pro Familia mercredi dans un communiqué. Une hérésie pour le directeur de l'organisation, Philippe Gnaegi, qui a vécu personnellement cette situation.

Il a recouru contre une décision de la caisse de compensation prévoyant que sa femme, qui a réduit son taux pour s'occuper de leurs trois enfants, ne reçoive que la moitié de ces bonifications alors que lui-même avait continué à travailler à 100%.

Le Tribunal cantonal neuchâtelois lui a donné raison en décidant d'accorder à sa femme la totalité des bonifications éducatives jusqu'à l'âge de la retraite des deux membres du couple. Il a, dans un arrêt rendu le 27 juin que Keystone-ATS s'est procuré, jugé la pratique actuelle de discriminatoire. "Certaines femmes subissent une différence de traitement qui ne repose sur aucune justification raisonnable", peut-on lire.

Avancée pour les femmes

Cette décision permettra à beaucoup de femmes, encore majoritaires dans les postes à temps partiel, de ne pas être pénalisées, selon Pro Familia. La rente moyenne des femmes lors de cette période transitoire, où le partage automatique des revenus entre les deux retraités n'a pas encore eu lieu, est de 1574 francs, contre 2047 francs pour les hommes, rappelle l'organisation, se basant sur un rapport annuel statistique de l'AVS 2023.

Philippe Gnaegi a indiqué dans Le Temps espérer que cette décision pourra changer la donne pour d'autres rentiers, également en dehors du canton de Neuchâtel. La décision a été saluée à gauche et à droite de l'échiquier politique, selon le quotidien lémanique.

En savoir plus - pubilé le 28.08.2024 sur www.rts.ch

Les seniors deviennent de plus en plus vieux et se sentent jeunes plus longtemps qu'avant

La population suisse devient de plus en plus âgée. L'allongement de l'espérance de vie fait augmenter les chances de pouvoir profiter pleinement de quelques années de vie en bonne santé une fois à la retraite. Aujourd'hui, c'est seulement vers 80 ans que les personnes âgées commencent à se sentir vieilles. On observe une diversité croissante des manières d'aménager la vie post-professionnelle, mais aussi des modes de vie et des formes de ménages. Des inégalités se manifestent en matière de situation financière, de santé et de participation à la vie sociale. Ce sont là quelques-uns des résultats de la deuxième édition du «Panorama de la société suisse» dédiée au vieillissement et à la vieillesse dans la société contemporaine.

La nouvelle publication «Panorama de la société suisse» met en lumière, en neuf chapitres, différents aspects du vieillissement et de la vieillesse, tout en approfondissant des thèmes choisis. Le tableau nuancé qui se dégage de cette édition présente les multiples facettes et dimensions du vieillissement en Suisse.

La nouvelle qualité du vieillissement

En plus d'avoir une espérance de vie plus longue, les seniors d'aujourd'hui sont aussi en général bien formés et, pour la plupart d'entre eux, à l'aise financièrement. La majorité des personnes âgées restent par ailleurs en bonne santé relativement longtemps. Nombreuses sont celles qui sont actives sur le plan personnel ou social et contribuent ainsi à la cohésion de la société. Elles n'ont plus rien à voir avec l'image négative que l'on se fait du vieillissement, habituellement associée au déclin des capacités physiques et cognitives, à l'inactivité, au retrait social, à la solitude, ainsi qu'au dénuement et à la dépendance. C'est aussi ce qui ressort de leur propre appréciation. L'âge moyen auquel les personnes commencent à se sentir vieilles est passé de 69 ans (dans les années 1990) à 80 ans environ.

L'allongement de l'espérance de vie n'est toutefois pas un rempart contre les maladies et les limitations physiques. De plus, la vie est jalonnée d'événements personnels auxquels s'ajoutent des avantages et désavantages qui touchent systématiquement certains groupes de la population en raison de leur sexe, de leur origine sociale ou de leur parcours migratoire. Le vieillissement est donc caractérisé par une diversité et une différenciation croissantes des situations de vie qui se traduisent par davantage de possibilités d'aménagement, mais aussi par des inégalités sociales. Au «troisième âge» (entre 65 et 80 ans), les personnes sont majoritairement actives et en bonne santé, alors qu'au «quatrième âge» (à partir de 80 ans), elles sont de plus en plus confrontées à la maladie ou à la perte d'autonomie. Or, c'est le groupe des 80 ans ou plus qui connaît la plus forte croissance en termes relatifs.

Engagement bénévole, davantage de mobilité et de soins ambulatoires

Près d'un quart des 65 à 74 ans et un dixième des plus de 74 ans font du travail bénévole organisé dans le cadre d'une association ou d'une institution. Respectivement 40% et 20% des personnes de ces groupes d'âge s'engagent bénévolement de manière informelle. Le travail bénévole informel est souvent accompli pour aider d'autres personnes âgées ou pour garder des enfants ou petits-enfants.

Dans un monde globalisé où la mobilité est en plein essor, on constate une plus grande hétérogénéité et diversité des situations de vie des personnes âgées. Divers facteurs agissent ici sur le comportement à l'échelle internationale en matière de mobilité et de migration, que ce soit le coût de la vie, des motifs familiaux, la propriété du logement, les loisirs et le climat. Ce constat vaut pour les personnes issues de l'immigration et celles qui ne le sont pas.

Dans le contexte de l'allongement de l'espérance de vie et de la diversité croissante, des changements sont survenus également dans les soins de longue durée. Les soins institutionnels (établissements médico-sociaux, EMS) perdent du terrain au profit des soins ambulatoires et des structures intermédiaires (accueil de jour, accueil de nuit, courts séjours en EMS, appartements pour personnes âgées, etc.). Les frontières entre les soins stationnaires et le maintien à domicile sont de plus en plus floues. Cette évolution s'observe de manière générale avec toutefois de grandes différences entre les régions et les cantons.

Formation et revenus: des facteurs d'inégalité importants

Si la majeure partie des personnes âgées vivent bien, certaines ne sont pas épargnées par la pauvreté. Les fins de mois sont souvent plus difficiles pour les personnes qui tirent essentiellement leur revenu des prestations du premier pilier (assurance-vieillesse et survivants AVS et, le cas échéant, prestations complémentaires). Elles présentent souvent un taux de privation matérielle et sociale supérieur à la moyenne. La pauvreté des personnes âgées dépend aussi de facteurs tels que le sexe, l'âge, le type de ménage, la nationalité et le niveau de formation. Ces facteurs étaient déjà déterminants pour la pauvreté des personnes âgées «traditionnelle» au 20e siècle. Ils jouent également un rôle dans les inégalités en matière de santé, le niveau de formation, le revenu, l'expérience de la migration ainsi que l'isolement social pouvant influer sur l'état de santé à un âge avancé et l'espérance de vie.

Il en va de même de la participation à la vie sociale, dont le degré est étroitement lié au niveau de formation, au revenu et à d'autres facteurs d'inégalité. Et ce, bien que les offres correspondantes (formation continue, activités physiques et sportives, engagement dans le travail bénévole, participation à la vie politique ou activités numériques) aient augmenté au même titre que les activités professionnelles.

Le vieillissement des individus et de la société continuera d'évoluer, sous l'influence et l'interaction de différents facteurs comme le montre la présente publication «Panorama de la société suisse 2024». 

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